L’excellent Geographe du monde exhume un texte de Montesqieu sur la richesse de l’espagne. Montesquieu décrit le mécanisme par lequel la richesse de l’Espagne a cause sa ruine. Avec la découverte du nouveau monde et les légendes “d’el dorado” et de prodigieuses mines d’or et d’argent prennent substance. Des générations d’hommes valeureux et entreprenants partent vers l’ouest en quête de richesses. Et leur quête est couronnée de succès. La flotte espagnole croit pour pouvoir rapporter ces richesses vers la métropole et l’Europe. Au cote des galions aux cales gorges d’or, les vaisseaux de guerres se multiplient pour proteger ce trésor qui attisent les convoitises. Les couts sont considérables et toujours croissants. La récolte du minerais est toujours plus couteuse et difficile. Il faut s’enfoncer de plus en plus loin dans l’inhospitalier continent sud américain, exploiter des filons de moins en moins riche. L’entretient d’une flotte sans cesse croissante est un drain dans le trésor de la courrone espagnol.

L’Espagne retire peu d’avantage de la grande quantité d’or et d’argent qu’elle reçoit toutes les années des Indes. Le profit était d’abord considérable, mais il s’est détruit par lui-même et par le vice intérieur de la chose. Je vais expliquer ma pensée. Chaque nation qui commerce en Europe a ses marchandises ou denrées particulières qu’elle échange contre les marchandises ou denrées des autres pays. Il y a deux sortes de marchandises : les unes ont un usage naturel et se consument par cet usage, comme le blé, le vin et les étoffes ; les autres ont un usage de fiction, comme l’or et l’argent. De toutes les marchandises qu’un Etat peut avoir, celles de fiction ou de signe sont celles qui l’enrichissent le moins, car ces signes étant très durables et se consumant et détruisant peu, comme il convient à leur nature de signe, il arrive que plus ces sortes de richesses augmentent, plus elles perdent de leur prix parce qu’elles représentent moins de choses.

Ce que Montesquieu décrit ici c’est un phénomène d’inflation monétaire. Les marchandises de fiction comme Montesquieuu qualifie l’or des indes occidentales croit plus vite que la production des marchandisesconsommable.. L’effet en est bien connu: les prix nominaux (en terme monétaires) augmentent. La monnaie (l’or) perd de sa valeur comme médium d’échange.

Il ne faut pas que les richesses du prince lui viennent immédiatement et par une voie accidentelle; il faut qu’elles soient l’effet des tributs et les tributs l’effet de l’aisance des sujets. […] Je ne saurois assez répéter qu’on a une idée très fausse du pouvoir de l’or et de l’argent à qui l’on attribue – malgré ce que l’on en ait – une vertu réelle; cette manière de penser vient principalement de ce que l’on croit que les Etats les plus puissants ont beaucoup d’or et d’argent; mais la raison en est que leur bonne police, la bonté et la culture de leurs terres l’y attire nécessairement, et l’on fait de ces métaux une cause de la puissance de ces Etats, quoiqu’ils n’en soient que le signe. […] Mais on n’a qu’à faire attention à ce qui s’est de tout temps passé dans le monde, on verra que la plupart des Etats qui ont été subjugués ou détruits ne manquoient ni d’or et d’argent et que les plus faibles étoient ceux où il y en avoit une plus grande quantité. »

Le paradoxe de l’apparente richesse de nombreux pays pauvres prend sa source ici. Le sous sol de nombreux pays africains regorge de pétrole, de minerais et de pierres précieuses. Mais ceci ne fait pas la richesse. Le reste de l’économie ne peut se développer quand il est si profitable dans l’instant de consacrer son énergie et son capital a creuser la terre et pomper sous la mer. Cette maladie dite Hollandaise dans les livres d’économie a été reconnue il y a longtemps déjà. Les symptômes en sont les mêmes, L’exploitation des richesse “accidentelles” prend le pas sur toute autre forme d’industrie. Pourtant cette ressource rapporte de moins en moins. Et quand la ressource est épuise les pays se retrouve plus pauvres qu’il ne l’estoit. Pouvoir profiter des bénéfices de la découverte d’une richesse “accidentelle” sans être conduit a la ruine demande une sagesse politique qui n’est pas chose courante. Etaler dans le temps le plus possible, sur des générations, le consommation des fruits de cette richesse n’est pas chose facile a accepter quand les besoins immédiats sont criants. La Norvège, pays déjà développé, est en passe de réussir cet exploit avec le pétrole des mers du Nord. Mais cet exemple est bien seul..

ps: Je ne saurais que trop conseiller le lecteur égaré sur ce blog a aller lire de plus ample extraits de ce texte de Montesquieu ainsi que la vision qu’en a le Geographe du Monde

Publicités