Nobel 2010

Le Nobel d’économie cette année va a Dale Mortensen (Northwestern/Aarhus), Christopher Pissarides (LSE) et Peter Diamond (MIT).
Ce prix récompense des travaux sur les causes microeconomiques du chômage. Peter Diamond est récompensé pour avoir initié la littérature sur les effets macroeconomiques de la théorie de la recherche (search theory). Mortensen et Pissarides sont récompensé en particulier pour un papier devenue un classique, même pour un économétricien: Job creation and job destruction in the theory of unemployment. Mortensen and Pissarides montre qu’il peut exister des équilibres avec beaucoup d’emplois vacants et en parallèle du chômage. Dans leur modèle, les firmes cherchent des travailleurs possédant des compétences précises, et les employés cherchent des firmes ayant besoins de leur compétences. Il faut du temps pour qu’une firme trouve un travailleur approprié. Dans une situation ou l’on trouve en parallel des offres d’emplois non pourvus et des travailleurs prêt a travailler au salaire prévalent, c’est le temps que prend une rencontre entre un employeur et le travailleur dont il a besoins qui cause le chômage. Ce modèle a donné naissance a une énorme littérature sur le search and matching en économie du travail, mais aussi en économie monétaire (nouvelle économie monétaire, voir les travaux de Randall Wright et Ricardo Lagos) en finance et en économie publique. Ces modèles exploitent leurs fondations microceconomique de façon plus intéressantes que les traditionnels modèles a agent
représentatif et immortel.
Les travaux de Diamond, Mortensen et Pissarides ne sont probablement pas le meilleur grille d’analyse pour la situation actuel. Néanmoins leurs implications en matières de politique publiques sont importantes et le communiqué de presse du comité nobel ne leur rend pas justice.


Interdependence

Un (bon) dessin vaut mieux qu’un long post!

Intéressant graphique du NY Times, via MR. La toiles des dettes européens, ou pourquoi tous les pays européens sont dans le même bateau. Il serais intéressant de savoir quelle part de la dette souveraine des pays de la zone euro est détenue par des pays hors zone euro.

Le post militant (et en retard) du premier mai

via Africa is a Country and Chris Blattman qui donne des liens vers des arguments économiques. Rien de neuf la dans ces arguments; mais comme dans d’autre domaines, les points qui font plus consensus parmi les économistes sont ceux sur lequel on leur demande le moins leur avis.  Je ne peu m’empêcher de penser que si le travail pouvais se déplacer aussi facilement que le capital, la zone euro ne s’en porterais que mieux.   Le reste du monde aussi d’ailleurs…

A qui la faute?

Martin Wolf en remet un couche sur le thème: « le modèle Allemand n’est pas un modèle », comme dans la moitie ses récentes editos dans le Financial Times. Un blog que je découvre juste, sans rationalité et sans finalité, montre par A+B+des_graphiques_en_couleurs que les sacrifices de la vertueuse Allemagne n’ont ni contribue a améliorer le bien être de sa population ni a la protéger contre la crise. De fait l’Allemagne a connue une croissance du PIB et de la consommation plus faible que la France de façon consistante au cours de la dernière décennie. Le plus marquant dans ces données est que l’excèdent Allemand, signe éclatant de la vertu germanique, n’existe que vis-a-vis de la zone euro mais pas du reste du monde. Tout cela finirais par donner raison a madame Lagarde dans sa tentative de faire porter a l’Allemagne une partie de la culpabilité concernant la crise que traverse actuellement la zone euro.

Edward Huges chez A Fistful Of Euros partage le même constat. Dans une zone monetaire unique, les excedents des uns sont les deficits des autres. Mais il note que combler les rééquilibres en essayent de réduire l’excèdent Allemand n’est pas nécessairement plus facile que de le faire en réduisant le déficit d’autre pays. La politique économique Allemande des 20 dernières années a eu comme défis majeur de permettre l’absorption de l’ex-RDA et de réduire le fosse entre est et ouest tout en approfondissant son intégration européenne. La politique de modération salarial a probablement eu en partie comme but d’éviter  d’aggraver le chômage a l’est. Adopter maintenant une politique diamétralement oppose de réévaluation interne pour essayer de diminuer l’excèdent commercial vis-a-vis du reste de la zone euros aurais des conséquences interne importantes.

Il n’y a pas de solution évidente a la crise que traverse la zone euros. Il n’y a pas non plus de coupable. Ce qui se produit en ce moment est la conséquence d’une union monétaire entre pays de tailles comparables mais hétérogènes prétendant mener des politiques économiques indépendantes. Les différences en terme de niveau de revenue, de productivité, de déficit publique et d’endettement prive ne vont pas s’effacer en un jour. Même une union fiscale que certains considèrent comme la seul solution ne seras pas nécessairement suffisante. Je reviendrais sur la question prochainement avec plus de chiffres et moins de blabla.

De l’or des Indes occidentales au petrol des mers arctiques.

L’excellent Geographe du monde exhume un texte de Montesqieu sur la richesse de l’espagne. Montesquieu décrit le mécanisme par lequel la richesse de l’Espagne a cause sa ruine. Avec la découverte du nouveau monde et les légendes “d’el dorado” et de prodigieuses mines d’or et d’argent prennent substance. Des générations d’hommes valeureux et entreprenants partent vers l’ouest en quête de richesses. Et leur quête est couronnée de succès. La flotte espagnole croit pour pouvoir rapporter ces richesses vers la métropole et l’Europe. Au cote des galions aux cales gorges d’or, les vaisseaux de guerres se multiplient pour proteger ce trésor qui attisent les convoitises. Les couts sont considérables et toujours croissants. La récolte du minerais est toujours plus couteuse et difficile. Il faut s’enfoncer de plus en plus loin dans l’inhospitalier continent sud américain, exploiter des filons de moins en moins riche. L’entretient d’une flotte sans cesse croissante est un drain dans le trésor de la courrone espagnol.

L’Espagne retire peu d’avantage de la grande quantité d’or et d’argent qu’elle reçoit toutes les années des Indes. Le profit était d’abord considérable, mais il s’est détruit par lui-même et par le vice intérieur de la chose. Je vais expliquer ma pensée. Chaque nation qui commerce en Europe a ses marchandises ou denrées particulières qu’elle échange contre les marchandises ou denrées des autres pays. Il y a deux sortes de marchandises : les unes ont un usage naturel et se consument par cet usage, comme le blé, le vin et les étoffes ; les autres ont un usage de fiction, comme l’or et l’argent. De toutes les marchandises qu’un Etat peut avoir, celles de fiction ou de signe sont celles qui l’enrichissent le moins, car ces signes étant très durables et se consumant et détruisant peu, comme il convient à leur nature de signe, il arrive que plus ces sortes de richesses augmentent, plus elles perdent de leur prix parce qu’elles représentent moins de choses.

Ce que Montesquieu décrit ici c’est un phénomène d’inflation monétaire. Les marchandises de fiction comme Montesquieuu qualifie l’or des indes occidentales croit plus vite que la production des marchandisesconsommable.. L’effet en est bien connu: les prix nominaux (en terme monétaires) augmentent. La monnaie (l’or) perd de sa valeur comme médium d’échange.

Il ne faut pas que les richesses du prince lui viennent immédiatement et par une voie accidentelle; il faut qu’elles soient l’effet des tributs et les tributs l’effet de l’aisance des sujets. […] Je ne saurois assez répéter qu’on a une idée très fausse du pouvoir de l’or et de l’argent à qui l’on attribue – malgré ce que l’on en ait – une vertu réelle; cette manière de penser vient principalement de ce que l’on croit que les Etats les plus puissants ont beaucoup d’or et d’argent; mais la raison en est que leur bonne police, la bonté et la culture de leurs terres l’y attire nécessairement, et l’on fait de ces métaux une cause de la puissance de ces Etats, quoiqu’ils n’en soient que le signe. […] Mais on n’a qu’à faire attention à ce qui s’est de tout temps passé dans le monde, on verra que la plupart des Etats qui ont été subjugués ou détruits ne manquoient ni d’or et d’argent et que les plus faibles étoient ceux où il y en avoit une plus grande quantité. »

Le paradoxe de l’apparente richesse de nombreux pays pauvres prend sa source ici. Le sous sol de nombreux pays africains regorge de pétrole, de minerais et de pierres précieuses. Mais ceci ne fait pas la richesse. Le reste de l’économie ne peut se développer quand il est si profitable dans l’instant de consacrer son énergie et son capital a creuser la terre et pomper sous la mer. Cette maladie dite Hollandaise dans les livres d’économie a été reconnue il y a longtemps déjà. Les symptômes en sont les mêmes, L’exploitation des richesse “accidentelles” prend le pas sur toute autre forme d’industrie. Pourtant cette ressource rapporte de moins en moins. Et quand la ressource est épuise les pays se retrouve plus pauvres qu’il ne l’estoit. Pouvoir profiter des bénéfices de la découverte d’une richesse “accidentelle” sans être conduit a la ruine demande une sagesse politique qui n’est pas chose courante. Etaler dans le temps le plus possible, sur des générations, le consommation des fruits de cette richesse n’est pas chose facile a accepter quand les besoins immédiats sont criants. La Norvège, pays déjà développé, est en passe de réussir cet exploit avec le pétrole des mers du Nord. Mais cet exemple est bien seul..

ps: Je ne saurais que trop conseiller le lecteur égaré sur ce blog a aller lire de plus ample extraits de ce texte de Montesquieu ainsi que la vision qu’en a le Geographe du Monde

Espagne

Pour qu’une union monétaire soit considère comme une zone monétaire optimal, quelques conditions sont requises. La productivité des facteurs doit évoluer de la même manière dans l’union et les chocs doivent être symétriques (i.e. Affecter uniformément les membres de l’union.) Sinon il faut que les facteurs de production (capital, travail) puisse bouger librement au sein de l’union, pour compenser les différences de productivité. Dans le cas de la zone euro, il y a peu de barrières formels au mouvements de capitaux. Par contre de nombreuses barrières existe au mouvement des travailleurs. Ces barrières sont plus culturelles que règlementaires, mais leur effet est le même. L’idée principal du modèle d’OCA est que si la valeur relative des devises ne peu s’ajuster entre deux pays, c’est le reste qui doit être flexible.

Dans la situation présente ou le chômage atteint les 20% en l’Espagne, on s’attendrait a voir un mouvement massif de travailleur vers le nord de l’Europe ou la situation en terme d’emploi est meilleur. A ma connaissance un tel mouvement ne se produit pas. L’Espagne se retrouve donc avec un taux de chômage très élevé. Les indemnisation et la perte de recette fiscale sont douloureuse pour le budget. Un pays ayant une devise indépendante connaitrais une dépréciation de sa devise entrainant un baisse du coup du travail et une baisse du chômage. Une région au sein d’un état recevrais des transferts fiscaux des autres régions différemment affecté, et des travailleurs iraient trouver du travail dans une autre région. Aucune de ces solutions n’est possible dans le cas de la zone euro.

On touche la au cœur d’une des critiques fréquente faite a l’encontre des union monétaires supranationales. Pour les économistes de tradition keynésienne la relance budgétaire est une politique importante en cas de crise. Ors une union monétaire supranational sans mécanisme de transfert entre ces membres limite les possibilité de relance au seul budget du gouvernement du pays touché par la crise.

Que peut donc faire l’Espagne pour lutter contre son taux de chômage hallucinant. Le budget espagnol a été en excédant durant les années de vache grasse (cf ici) , ce qui permet au gouvernement de s’acheter un peu de temps et d’avoir une certaine marge de manœuvre. Le récent report de l’age de départ a la retraite montre aussi que la situation politique n’est pas bloqué comme dans d’autres pays de la zone euro (Grèce, Italie, France entre autres.)

Comme le montre Krugman les prix en Espagne ont augmenté par rapport a l’Allemagne et par rapport au reste de la zone euro. Dans une situation normal, ppp s’appliquant quand il n’y a pas de barrières au commerce des biens, la devise espagnole baisserait d’autant. La sagesse populaire veut que la crise ait entrainé en Espagne l’éclatement d’une bulle immobilière. D’après les données d’eurostat, les prix du logement en Espagne n’ont pas chuté ces 12 derniers mois (+0.8%), contrairement a ce qui c’est passé en Irlande (-8.2%, cf carte.) (les chiffre de l’institut statistique espagnol ne disent pas la même chose…)

Krugman montre que le cout unitaire du travail en Espagne a progressé bien plus vite qu’en Allemagne. Pour lui la solution a la crise passe par une dévaluation interne passant par une baisse des salaires. Toujours d’après les données de eurostat, la productivité du travail n’as pas augmenté de de plus rapidement que en Allemagne ou dans la zone euro, contrairement a ce qui c’est passé en Irlande. Le croissance relative des salaire ne serait pas un problème si elle était compensé par un croissance proportionnel de la productivité, ce qui n’est pas le cas. Avec le taux de chômage que connais l’Espagne, les salaires vont au mieux stagner voir diminuer.

Bref pour abréger, l’Espagne ne peu pas dévaluer, mais elle a besoins de rééquilibrer ses prix et salaires avec ceux de la zone euro. La baisse des prix de l’immobilier et des salaires qui va mécaniquement se produire devrait faire le gros du boulot. La meilleur chose que le gouvernement espagnol peut faire c’est de croiser les doigts pour que l’économie européenne et mondial retrouve des taux de croissances plus élevés, avant que ses réserves budgétaires ne soit épuisés.

Plus de Grèce

J’aimerais revenir sur la question de savoir si la Grèce doit recevoir de l’aide du FMI ou de l’UE. Il semble pour l’instant que l’UE a pris les choses en charge. Quelques postes de Edward Hugh (ici et la) qui préconise pour Grèce d’aller voir le FMI m’ont fait penser un peu plus a la question.

Le gouvernement Grecque ne souhaite pas aller au FMI. Le FMI a une réputation de dureté dans le mesure ou de puissants alliés au sein du comité des directeurs ne vous aide pas a vous en sortir avec un meilleur deal. Il est peu probable que la Grèce ait beaucoup d’amis prêt a se mouiller pour elle. Si la Grèce avait une devise propre, une dévaluation se serait déjà produite depuis un moment. Une dévaluation domestique est donc nécessaire. Le seul levier sérieux du gouvernement: baisser les salaires de la fonction publique. Des manifestations vont se produire elle seront peut-être violentes. Le FMI a l’habitude de ce genre de réactions a ses interventions. Le FMI a le rôle du méchant flic, l’organisation en est consciente: elle est la pour faire le sale boulot.

Traiter avec l’UE sera en revanche diffèrent. L’UE est plus attentive a sa popularité, et les politiciens nationaux ont plus de levier sur les institutions que sur le FMI. Le gouvernement Grecque peut donc espérer des gestes d’apaisement de la part de l’UE si les choses tournent trop au vinaigre, permettant au gouvernement en place de ne pas oblitérer complètement son avenir politique.

Le rôle de l’Union Européenne dans cet affaire est assez bien expliqué par les théories dues choix publics. L’organisation veut grossir et augmenter ses prérogatives. Les institutions européennes on peu de pouvoir au niveau économique (taxes et transfères.) Il est naturel pour des fonctionnaires et des politiciens européens de désirer étendre le champs de leurs prérogatives. Cette crise des dettes souveraines est un occasion rêvée, après que les plans de relance et de renflouage des banques aient été conçus de manière presque exclusivement national laissant aux institutions européennes le rôle de spectateur dans la crise.

Pendant ce temps la, l’Allemagne et la France entre autres ne sont pas trop mécontents que l’euro perde face au Dollar. Pourquoi pas faire durer le plaisir? Encore une fois une prise en charge du dossier par les institutions européennes permettrais a ces pays d’imposer leur agenda. Il est presque plus intéressant de voir ce que cette crise va faire aux institutions européennes que a la Grèce (sauf pour les grecques, cela va de soit).

Je ne crois pas a un scénario menant a l’éclatement de la zone euro. Même si tout s’envenime et que la situation échappe a tout contrôle, il est probable que tout le monde préfère sacrifier la Grèce que la zone euro. La Grèce pourrait ainsi obtenir sa dévaluation, et le reste de la zone euro continuer a vivre sans un pays qui n’aurais pas du y entrer en premier lieu.